Ottawa, Canada, février 2026 — À la Fondation Aga Khan Canada (AKFC), des spécialistes du climat, des dirigeants autochtones, des investisseurs et des décideurs politiques se sont réunis avec un objectif commun : transformer les solutions fondées sur la nature (SFN) de projets pilotes prometteurs en systèmes inclusifs et rentables qui fonctionnent pour les gens et la planète.

Avec le soutien de l'UICN et l'organisation d'AKFC, d'Affaires mondiales Canada (AMC) et NAbSA(Solutions fondées sur la nature pour l’adaptation au changement climatique : suivi et évaluation d’impact) lors de la Semaine internationale du développement 2026, le deuxième jour de l’échange Partenariat pour le climat (P4C) est passé de la stratégie à la pratique — en se concentrant sur le financement, les partenariats avec le secteur privé et les programmes dirigés par les Autochtones.
Le message était clair : le déploiement à grande échelle de solutions respectueuses de l’environnement exige plus que de l’ambition. Il requiert des preuves crédibles, de nouvelles sources de financement et des modèles de gouvernance ancrés dans le leadership communautaire.

Quand la finance rencontre la nature
La matinée a débuté par une conversation franche sur le moteur de l'action climatique : la finance.
Jason Taylor, fondateur et PDG Climate Finance Advisors a dressé un panorama de l'évolution du financement du climat et de la biodiversité, constatant une tendance croissante vers des approches intégrées qui reconnaissent l'interdépendance étroite entre résilience climatique, protection de la biodiversité et développement durable. Toutefois, l'intérêt des investisseurs ne suffit pas. Des indicateurs robustes, une gouvernance transparente et des systèmes de suivi crédibles demeurent essentiels pour mobiliser des capitaux à grande échelle.
Le financement mixte – qui combine fonds publics et philanthropiques pour réduire les risques et attirer les investissements privés – a occupé une place importante dans les discussions. Les participants ont examiné comment les mécanismes de partage des risques, les paiements pour services écosystémiques et les instruments du marché du carbone peuvent contribuer à orienter les investissements vers les écosystèmes tout en préservant leur intégrité et l'équité.
Ali Raza Rizvi, directeur de l'équipe mondiale sur le changement climatique et la transition énergétique de l'UICN, a mis en lumière un tel mécanisme : le Fonds mondial d’adaptation fondé sur les écosystèmes (Fonds mondial EbACogéré par l’UICN et le PNUE, avec le soutien financier de l’Initiative internationale pour le climat (IKI) du ministère fédéral allemand de l’Environnement, de l’Action climatique, de la Protection de la nature et de la Sûreté nucléaire (BMUKN), ce fonds soutient, à travers plus de 50 projets dans le monde, des initiatives d’adaptation fondées sur les écosystèmes (AFE) à fort impact, allant de l’agriculture résiliente au climat aux entreprises côtières durables.
Un exemple a montré comment le financement mixte a contribué au développement de chaînes de valeur durables pour la crevette en reliant les agriculteurs, la société civile et les acteurs privés, démontrant ainsi que les investissements d'adaptation peuvent générer des retours à la fois écologiques et économiques.

Trevor Jones et Jane Boles Tayo Climate Partners s'est penché sur les initiatives canadiennes en matière de carbone forestier, explorant comment l'évaluation des services écosystémiques et les marchés du carbone créent de nouvelles sources de revenus, tout en abordant les défis complexes liés à la mesure, à la vérification et aux garanties à long terme.
En résumé : le financement doit aller de pair avec l’harmonisation des politiques, les indicateurs de biodiversité et les garanties communautaires afin de garantir que les investissements apportent des bénéfices durables.

Des algues aux chaînes d'approvisionnement
Ancrer la théorie dans la pratique, Jennifer O'Neill, directrice de Cascadia Seaweed NbS et partenaire de COSME Dans le cadre de ce projet, elle a expliqué comment les écosystèmes marins deviennent de puissants alliés contre le changement climatique. La culture des algues, a-t-elle précisé, peut favoriser la séquestration du carbone, restaurer la biodiversité et créer des moyens de subsistance sur les zones côtières, mais seulement si elle est encadrée par des limites écologiques et des partenariats communautaires solides.
Son cas illustrait un thème plus large de la journée : les entreprises respectueuses de l’environnement peuvent être commercialement viables, mais leur développement nécessite une demande claire du marché, un soutien technique et des chaînes de valeur inclusives.
Les participants se sont ensuite répartis en groupes de travail pour explorer deux thèmes prioritaires : la finance innovante et les chaînes de valeur fondées sur la nature, ainsi que l’harmonisation des intérêts nationaux avec les partenariats internationaux du secteur privé. Les discussions ont mis en lumière des opportunités pour renforcer les marchés agroécologiques, mettre en place des mécanismes de financement communautaire inclusifs et reproduire les modèles performants dans différentes régions.
Pour clore la séance du matin, L’honorable Randeep Sarai, secrétaire d’État canadien au Développement international, Il a évoqué ses visites à des projets d'adaptation à travers le monde. Il a souligné l'importance de communiquer aux Canadiens les retombées concrètes de ces projets, en établissant un lien entre les efforts mondiaux de résilience et les réalités économiques quotidiennes au pays.

Le leadership autochtone au centre
L'après-midi s'est déplacée des marchés aux systèmes de connaissances.
Modéré par Peigi Wilson, conseillère autochtone, Un panel réunissant des dirigeants de l'Assemblée des Premières Nations, de l'Assemblée des Premières Nations de la Colombie-Britannique, du Conseil national des Métis, de l'UICN et d'Affaires mondiales Canada a exploré comment les peuples autochtones conçoivent conjointement des initiatives d'adaptation aux changements climatiques — menées par les communautés autochtones, pour les communautés autochtones.
Un moment fort a été la présentation de Initiative des peuples autochtones PODONG, PODONG, un mécanisme mondial qui place le leadership autochtone au cœur de la conservation de la biodiversité et de l’action climatique, a été introduit. Dans sa première phase (2025-2026), il démontre comment la co-conception et le co-développement peuvent se traduire par des investissements répondant directement aux priorités territoriales, tout en faisant progresser la mise en œuvre du Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité. Élaboré en partenariat égal avec le Forum international autochtone sur la biodiversité et les organisations de peuples autochtones membres de l’UICN, PODONG est gouverné et dirigé par des Autochtones. Il repose sur la conviction que le renforcement des capacités est un processus d’apprentissage bidirectionnel, qui renforce à la fois les institutions autochtones et l’ensemble de la communauté de conservation.
L'initiative et ses premiers résultats ont été présentés par Anita Tzec, dirigeante maya yucatèque et responsable principale du programme « Peuples autochtones et conservation » de l'UICN, qui a souligné l'urgence de veiller à ce que le financement mondial parvienne directement aux organisations autochtones et que les systèmes de connaissances autochtones soient reconnus comme essentiels à la mise en œuvre de solutions équitables et durables en matière de biodiversité et de climat.
Au lieu d’être consultés de manière marginale, les partenaires autochtones ont décrit des modèles de gouvernance qui placent les savoirs traditionnels et l’autodétermination au cœur de la conception des projets. Grâce au Partenariat des peuples autochtones pour le climat (PPAC) et aux initiatives connexes, la programmation est élaborée en fonction des priorités communautaires, des valeurs culturelles et de la résilience à long terme.
La discussion a mis en lumière le fait que la gouvernance inclusive n'est pas seulement une garantie, mais aussi un moteur d'efficacité. Les projets s'appuyant sur les systèmes de connaissances autochtones produisent souvent de meilleurs résultats en matière de biodiversité et des avantages d'adaptation plus durables.

Concevoir la voie à suivre
La journée s'est conclue par des “ ateliers d'intégration ”, des sessions interactives où les participants ont co-conçu des solutions pratiques pour déployer à grande échelle des solutions respectueuses de l'environnement. Trois groupes de travail se sont penchés sur :
- Modèles de financement mixte pour structurer les partenariats en vue d'une croissance à grande échelle
- Financement et paiements communautaires pour les services écosystémiques afin de garantir des retombées locales
- Stratégies d'engagement du secteur privé pour identifier des incitations claires à l'investissement
Chaque groupe a défini des actions prioritaires, des opportunités de collaboration et des indicateurs de suivi, transformant ainsi le dialogue en une feuille de route pour 2026 et au-delà.
À mesure que les partenaires échangeaient des outils, des études de cas et des contacts, une compréhension commune s'est installée : la résilience climatique dépend des écosystèmes, mais les écosystèmes dépendent d'un financement cohérent, d'une gouvernance inclusive et d'une collaboration intersectorielle.
Des fermes d'algues aux marchés du carbone forestier, des chaînes de valeur des crevettes à l'adaptation menée par les populations autochtones, les histoires partagées lors de la Semaine internationale du développement ont révélé un avenir où la nature n'est pas une simple réflexion après coup, mais une pierre angulaire de la stabilité économique et de la résilience mondiale.
Et à Ottawa, cet avenir semblait un peu plus proche.